Rendez-vous lundi 15 h 00 à l’Eldorado, Saint-Pierre-d’Oléron,

pour la conférence hebdomadaire, ouverte à tous.

Abonnés : gratuit. Adhérents : 6 €. Non adhérents : 8 €

1/2 tarif pour les demandeurs d’emploi

Accès aux personnes à mobilité réduite

9 janvier 2023 – Photographier le littoral, notre « dernière frontière »

par Benjamin Caillaud, photographe, docteur en histoire.

Avec la projection de ses images, le photographe Benjamin Caillaud exposera son travail sur les thématiques littorales en Charente-Maritime. Son exercice photographique de style documentaire se veut résolument à hauteur d’homme et sensible à l’ordinaire. S’inscrivant dans une identité territoriale forte évitant le pittoresque, le photographe convoque dans son travail la mémoire de l’usage des lieux. L’auteur présentera ainsi ses créations les plus récentes sur l’ostréiculture, le patrimoine navigant, l’érosion, les aménagements de protection des côtes, la balnéarisation des rivages ou la désertification des plages pendant le confinement du printemps 2020.

La présentation de ses photographies plus anciennes permettra de mieux mettre en évidence ses choix esthétiques d’aujourd’hui tout en invitant au dialogue avec le public.


16 janvier 2023 – Lorenzo Da Ponte

par Pierre Cortot, agrégé de lettres modernes, docteur de l’EHESS en sciences du langage (arts et littérature)

Lorsque l’on évoque Da Ponte, on l’associe immanquablement à Mozart, les éditions contemporaines de ses Mémoires ne manquent pas de l’identifier en sous titre comme librettiste de Mozart. Or, on ne peut restreindre la vie de Da Ponte aux trois années chères aux mozartiens de 1786 (Le Nozze), 1787 (Don Giovanni) et 1790 (Cosi). En effet, Da Ponte a vécu presque 90 ans, né en 1749 il est mort en 1838. Il a séjourné dans nombre de pays européens avant de s’expatrier aux Etats Unis en 1805 sans jamais remettre le pied en Europe. Il a beaucoup écrit, s’est voulu poète et défenseur de la littérature italienne, il en est même devenu le premier professeur à l’université de Columbia à New York. S’il est l’auteur des trois livrets des chefs d’œuvre de Mozart que tout le monde connaît, il a rédigé, c’est du moins ce qu’il affirme dans plusieurs lettres de 1835, plus de 36 livrets pour 17 autres compositeurs en travaillant pour les opéras de Vienne et de Londres entre 1784 et 1804. En effet, le talent reconnu de Da Ponte comme improvisateur lui a servi bien vite à collaborer avec les compositeurs les plus marquants de son époque. Il a su s’adapter avec souplesse aux exigences de W.A. Mozart, Antonio Salieri ou Vicente Martin Y Soler, leur offrant un matériel linguistique et poétique stimulant leur créativité.

Il s’agira de suivre à travers des documents visuels et sonores celui qui fut l’abbé Da Ponte à travers quelques épisodes d’une vie compliquée qui l’a menée de la cité des doges, à la cour de Joseph II à Vienne, puis au King’s Theater de Londres, à l’Etat de Pennsylvanie et à la ville de New York à travers mille occupations (imprimeur, libraire, épicier, distillateur d’alcool, commerçant, professeur, impresario…) pour tenter de survivre face aux difficultés que, sans fortune, devaient affronter artistes et intellectuels dans l’Europe de la fin du XVIII° siècle et dans l’Amérique du début du XIX° siècle.

Suivre le fil de cette vie, sans trop se fier à ce qu’il a pu nous en dire dans ses Mémoires, permettra de s’arrêter plus longuement sur les années qui ont compté dans l’histoire musicale de l’Europe de la fin du XVIII° siècle et dans la diffusion de l’opéra européen aux USA que n’appréciaient guère au tout début de la naissance de cette nouvelle nation, les descendants rigoristes des Pères Pèlerins.

Télécharger une liste de références proposées par Pierre Cortot au sujet de Da Ponte


23 janvier 2023 – Haendel l’Européen

par Michèle Lhopiteau Dorfeuille, musicologue et cheffe de chœur

Georges Frédéric Haendel (1685-1759) est un cas unique dans l’histoire de la musique : à des années-lumière des génies méconnus, souffrants ou désargentés, cette force de la nature vola de triomphes en triomphes et mourut à 74 ans couvert de gloire, laissant une fortune considérable à ses héritiers.

Mais il y a plus surprenant encore : dès sa disparition, les trois quarts de son œuvre tombèrent dans un oubli qui ne prendra partiellement fin qu’après 1920. Car la musique de Haendel a été largement victime d’un impitoyable tri sélectif et d’une double appropriation : l’église anglicane réduisit sa production à un tout petit nombre d’oratorios bibliques en anglais et la Monarchie Britannique à ses œuvres patriotiques et officielles. Enterré, le Haendel épicurien et passionné dont les concerti et les arias italiennes aujourd’hui nous enchantent – quand ils ne nous tirent pas des larmes. Pire encore : la confiscation par la Grande Bretagne de ce compositeur pourtant né en Saxe a longtemps poussé la France, « l’ennemie héréditaire », à ne voir en lui qu’une perruque courtisane puis qu’un musicien pompeux et « commercial » – l’insulte suprême en un temps où J.S. Bach, en revanche méconnu de son vivant, faisait un retour triomphal dans les programmations.

C’est donc le Haendel auto-entrepreneur, sentimental, bon vivant et qui ne vécut jamais à la Cour d’Angleterre que Michèle Lhopiteau-Dorfeuille souhaite vous faire rencontrer.


30 janvier 2023 – La gnomonique du Moyen Âge au XXe siècle : une histoire des cadrans solaires en Occident

par Denis Savoie, historien des sciences et chercheur associé à l’Observatoire de Paris

Denis Savoie, conseiller scientifique à Universcience (Palais de la Découverte & Cité des Sciences et de l’Industrie), a présidé pendant vingt ans la Commission des cadrans solaires.

Dans cette conférence il rappellera l’héritage de la gnomonique gréco-romaine puis examinera les réalisations médiévales qui traduisent le net recul de l’astronomie en Occident.

Les cadrans solaires deviennent un domaine de recherche inépuisable et il s’en construit de nombreux types, des portables luxueux de poche jusqu’aux méridiennes dans les cathédrales en passant par les simples cadrans qui ornent les façades. Même si le XIXe siècle les relègue au second plan, les cadrans solaires n’ont jamais cessé d’être à la fois des objets d’art souvent ornés de devises et des instruments scientifiques et pédagogiques indispensables à la compréhension des mouvements du Soleil.


6 mars 2023 – De la plante aux beaux-arts : l’histoire du pastel français

par Dominique Antérion, chargé de conservation des collections historiques de la Monnaie de Paris

Jeune fille lisant, un pastel de Berthe Morisot

A la Renaissance, le pastel fit la richesse de la région toulousaine, qui exportait partout en Europe ses « cocagnes », pour donner à la laine ce bleu très prisé, qui fut plus tard détrôné par l’indigo.

Mais le pastel, c’est aussi une technique à mi-chemin entre la peinture et le dessin, qui fit au XVIIIe siècle le délice des portraitistes, tant elle était apte à rendre la matière des étoffes, le poudré des perruques et les nuances de la carnation.

Plus tard, les impressionnistes, avec Berthe Morisot à leur tête, s’approprièrent sa technique délicate mais qui permettait une grande rapidité d’exécution.

Ainsi, de Quentin De La tour à Degas, de Watteau à Toulouse-Lautrec et de Fragonnard à Redon, les bâtonnets de couleur traversent le temps et racontent une histoire de l’art français tout en nuances.

 


13 mars 2023 – Cortés et la chute de l’Empire aztèque

par Gaël de Graverol, docteur en anthropologie sociale et ethnologie, diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS/ Paris)

A peine 20 ans après la découverte de Christophe Colomb, Hernan Cortès, jeune notaire espagnol désargenté, embarque pour le Nouveau Monde et ses promesses de richesses.

A la tête d’une expédition de cinq cents hommes, il entreprend l’exploration d’un continent fascinant. L’expédition dévoile une société raffinée et cruelle, où la monumentalité des temples à l’ornementation exubérante côtoie la sauvagerie des sacrifices humains. Confronté à la puissance d’un empire, Cortès accomplira néanmoins la prouesse de conquérir la capitale de Tenochtitlan-Mexico, profitant des divisions internes à l’Etat Aztèque, pour étendre sa domination sur dix millions de Mexica (nom utilisé par les Mésoaméricains alors).


20 mars 2023 – Salvador Dalí grand maniériste : pitre ou génie ?

par Jean-Paul Salles, docteur en histoire

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Avec ses moustaches démesurées en paratonnerre, ses jongleries d’adjectifs saugrenus – il parlait de sa méthode paranoïaque critique -, Dalí a soigné son image de pitre. Mais l’artiste puissant, inventif, ne l’emporte-t-il pas sur l’irritant farceur ?

Né en 1904 à Figueres, non loin de la Barcelone moderniste de Gaudí, ami de Federico García Lorca et de Luis Buñuel, le voici dès 1927 dans le Paris des années folles. Dans cette ville de toutes les audaces artistiques, il se lie durablement à Gala, ancienne compagne de Paul Éluard, et pendant une dizaine d’années au mouvement surréaliste, produisant des œuvres inspirées à la fois par ses problèmes sexuels et par la douloureuse situation politique de l’Espagne. Réfugié aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il diversifia ses activités, collaborant avec des créatrices de mode (Elsa Schiaparelli) ou de bijoux, réalisant même à New York la vitrine d’un grand magasin.

Retrouvant après la guerre sa chère maison de Port Lligat, il revint au classicisme et produisit un certain nombre de tableaux religieux. Avant sa mort en 1989, il aura eu le temps de créer dans l’ancien théâtre de Figueres un musée dalinien à sa gloire.


27 mars 2023 – Perle-oasis des Routes de la Soie, Dunhuang et ses grottes bouddhiques

par Jean-Rémy Bure, sinologue, professeur honoraire de culture et de communication dans les écoles supérieures de commerce à Paris et ancien professeur invité à l’Université du Peuple à Pékin

Située en Asie centrale, sur le territoire actuel de la Chine, l’oasis de Dunhuang a occupé une position stratégique essentielle du IIe siècle av. J.-C. au XIVe siècle de notre ère sur les anciennes Routes de la Soie.

Dès le Ve siècle de notre ère, des moines bouddhistes commencent à creuser des grottes dans l’oasis de Dunhuang pour leur méditation. Des temples bouddhiques sont construits. Les différents occupants historiques, adoptant principalement le bouddhisme comme religion, vont décorer ces grottes de peintures murales et de sculptures magnifiques jusqu’au XIVe siècle, classées aujourd’hui au Patrimoine culturel mondial de l’humanité.

Cette oasis témoigne des échanges diplomatiques, commerciaux, artistiques et religieux sur une très longue période entre les anciennes cultures de l’Eurasie.