Gisèle Bienne, La Malchimie

Café littéraire du 29 avril

La Malchimie (Actes Sud, 2019)

La rencontre avec Gisèle Bienne fait suite à sa présence au salon Cita’Livres 2019.

Après une rapide présentation de l’auteure et de sa bibliographie, soit une dizaine de romans et plus d’une douzaine d’ouvrages pour la jeunesse (publiés à L’École des Loisirs), nous entrons dans le récit La Malchimie par la voix d’Apollinaire « Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant ». Ce vers, qui émaille le récit comme un leit-motiv, c’est la colère du petit frère Sylvain; c’est celle de Gabrielle, la grande sœur, celle qui écrit parce qu’il lui a semblé « qu’écrire n’est pas si innocent. Ce serait en tout cas plus utile que de se lancer dans un procès interminable contre ces géants de l’agrochimie » ; ce vers, c’est la panique de la visiteuse qui étouffe dans l’hôpital labyrinthique ; c’est l’impuissance de tous ceux qui font face à la maladie foudroyante d’un proche.

Comme la narratrice, son alter ego, Gisèle Bienne a rassemblé et lu quantité de documents sur l’histoire du développement agricole au XXème siècle, sur l’évolution galopante des traitements chimiques utilisés d’abord lors de la première guerre mondiale, puis progressivement et avec le soutien des politiques, pour satisfaire les besoins de rendements, et ce, non seulement en Champagne, en France, mais dans toutes les régions du monde ; « on explique aux agriculteurs que leur nouvelle vocation est de nourrir la planète ». Et lorsqu’elle découvre que, comme bon nombre de victimes des pesticides, son frère, ouvrier agricole, croit lutter contre le cancer à l’aide de « traitements chimios qui déglinguent les malades et les propulsent en enfer » fabriqués par les mêmes pourvoyeurs de produits phytosanitaires, elle a la terrible certitude d’être prise dans une guerre qui ne dit pas son nom. La Malchimie, c’est ce qui « vous submerge de produits phytosanitaires qui vous détruisent à petit feu, vous amènent à abandonner vos champs pour une chambre stérile et fabrique des cathéters et des poches de chimiothérapie. Diabolique, non ? ».

Le récit de la narratrice, Gabrielle, est un implacable réquisitoire contre les firmes agro-pharmaceutiques. Il fait écho au livre de l’agriculteur charentais, Paul François, Un paysan contre Monsanto (Fayard, 2017). Il nous incite à lire ou relire Printemps Silencieux, (édition Wildproject, 2019), le très prémonitoire ouvrage de Rachel Carson qui dénonçait le DDT comme un produit de destruction des oiseaux en un temps (1960) où le terme environnement n’existait pas dans son acception actuelle et surtout pas dans les politiques publiques.

Le récit de Gisèle Bienne, s’il invite d’abord à l’indignation, ouvre en parallèle les portes du souvenir, de l’imaginaire, du paradis de l’enfance de deux frère et sœur paysans « dans l’herbe, avec les bêtes, sous le saule /…/ un paradis pour les sauterelles, les grenouilles, les libellules, et aussi les hannetons » ; le récit ouvre les portes, même celles qui semblent résister parce que les firmes, les labos, les experts, si puissants soient-ils ne pourront pas endiguer la force des mots.

Si la souriante conviction de l’auteure vous a séduits, n’hésitez pas à consulter son site La Chambre d’écriture ou sa page f.

Agenda

Nous nous retrouverons le mardi 21 mai 2019 pour lire Fred Vargas et évoquer les célèbres enquêtes du commissaire Adamsberg ; nous aborderons plus spécifiquement Pars vite et Reviens Tard (2001. Éditions Viviane Hamy ou J’ai Lu). D’ici là certains auront déjà découvert son nouvel ouvrage L’Humanité en Péril, Virons de Bord toute (2019. Flammarion) un essai qui traite des crimes contre la planète.